Le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble du neuro-développement fréquent, touchant environ 3 à 7 % des enfants et persistant à l'âge adulte dans une proportion significative. Parmi les accompagnements non médicamenteux recommandés, la psychomotricité trouve une place reconnue, notamment sur les volets attention, régulation corporelle et gestion de l'impulsivité. Cet article explique concrètement ce que la psychomotricité peut apporter — et ce qu'elle n'est pas.
Article rédigé par Isabelle Vergès, psychomotricienne diplômée d'État à Mérignac (Bordeaux Métropole). Dernière mise à jour : avril 2026.
En bref
Le TDAH est un trouble du neuro-développement qui touche 3 à 7 % des enfants. La HAS reconnaît la psychomotricité parmi les approches non médicamenteuses pertinentes. Elle travaille la régulation corporelle, l'attention, la coordination, la graphomotricité et la régulation émotionnelle — en complément d'un accompagnement pluridisciplinaire (pédopsychiatre, neuropsychologue, orthophoniste).
TDAH : de quoi parle-t-on ?
Le TDAH est caractérisé par trois dimensions cliniques, à des degrés variables :
- Déficit d'attention : difficultés à se concentrer, à suivre des consignes, à terminer une tâche. Distractibilité marquée.
- Hyperactivité : agitation motrice, difficulté à rester assis, à se contenir.
- Impulsivité : difficulté à attendre son tour, à contrôler une réaction, à peser les conséquences.
Chaque personne avec TDAH présente un profil unique. Le diagnostic est posé par un médecin spécialisé (pédopsychiatre, neuropédiatre, psychiatre) sur la base d'une évaluation clinique approfondie.
Le TDAH n'est pas un défaut éducatif, ni un manque de volonté. C'est un trouble du neuro-développement, avec une base neurobiologique reconnue.
Pourquoi la psychomotricité dans le TDAH ?
Le lien n'est pas évident à première vue — pourtant il est solide. Les recommandations françaises (HAS, 2014) citent la psychomotricité parmi les approches non médicamenteuses pertinentes dans le TDAH de l'enfant.
La psychomotricité agit sur des dimensions où le TDAH crée des difficultés concrètes :
- La régulation corporelle : le corps en mouvement permanent, le manque d'ancrage, la gestion de l'excitation.
- L'attention soutenue : via des tâches motrices ciblées, ludiques, qui nécessitent attention, inhibition, planification.
- La coordination et la motricité fine : fréquemment en difficulté chez les enfants TDAH (graphomotricité, écriture, précision).
- Le schéma corporel et la conscience de soi : savoir où est son corps, ce qu'il fait, ce qu'il ressent.
- La régulation émotionnelle : reconnaître, accueillir, réguler ses émotions via le corps.
Les séances alternent temps moteurs structurés et temps de détente — pour travailler l'attention, l'inhibition et la régulation corporelle. Photo : @luizabraun sur Unsplash.
Ce que la psychomotricité ne fait pas
Soyons clairs, car les familles arrivent parfois avec beaucoup d'attentes :
- La psychomotricité ne remplace pas un traitement médicamenteux quand il est indiqué. Elle est un accompagnement complémentaire.
- Elle ne soigne pas le TDAH au sens d'une disparition des symptômes. Elle contribue à un meilleur fonctionnement au quotidien.
- Elle ne remplace pas un pédopsychiatre, un neuropsychologue, un orthophoniste, un ergothérapeute — dont les rôles sont complémentaires.
- Elle ne se substitue pas aux adaptations scolaires, PAP, PPS, éventuelles thérapies cognitivo-comportementales.
Le TDAH bénéficie d'une approche pluridisciplinaire. La psychomotricité est un pilier parmi d'autres.
Comment se déroulent les séances ?
Étape 1 — Bilan psychomoteur
Avant tout accompagnement, un bilan psychomoteur est réalisé. Il évalue les fonctions psychomotrices dans leur globalité, en intégrant les spécificités du TDAH :
- Tests attentionnels moteurs (inhibition, flexibilité, attention soutenue).
- Coordination et dissociation.
- Schéma corporel et représentation de soi.
- Graphomotricité.
- Régulation émotionnelle observée.
Le bilan permet de construire un projet thérapeutique sur mesure.
Étape 2 — Séances adaptées au profil
Les séances mêlent plusieurs approches, dosées selon l'âge et les besoins :
Travail moteur structuré
- Parcours moteurs avec consignes d'enchaînement (planification, inhibition).
- Jeux de précision (motricité fine, attention visuelle, contrôle impulsif).
- Coordinations bilatérales et croisées.
Approche relaxation et conscience corporelle
- Exercices de respiration.
- Scan corporel adapté à l'âge.
- Détente active (yoga enfant, MBSR-adapté).
Médiations d'expression
- Jeu symbolique et mise en scène corporelle.
- Expression plastique, modelage (motricité fine + autorégulation).
Guidance parentale
- Identification des moments de dérégulation.
- Outils concrets à réinvestir à la maison.
- Appui aux adaptations scolaires.
Les résultats observables
Conformément au Code de la santé publique, nous ne promettons aucun résultat. En revanche, les objectifs habituellement poursuivis dans un suivi psychomoteur TDAH incluent :
- Une meilleure conscience du corps et de ses signaux (fatigue, tension, agitation).
- Une capacité d'inhibition plus outillée.
- Une graphomotricité plus fluide, moins coûteuse.
- Une régulation émotionnelle plus efficace (ou au moins mieux comprise).
- Une confiance en soi accrue dans le rapport au corps et aux autres.
L'évolution varie d'un enfant à l'autre, dépend de l'âge, de la sévérité, du contexte familial et scolaire, et de la pluridisciplinarité engagée.
Pluridisciplinarité : la norme dans le TDAH
Un parcours complet pour un enfant TDAH peut inclure :
- Pédopsychiatre : pose le diagnostic, coordonne, prescrit un traitement médicamenteux (méthylphénidate) si indiqué, selon les recommandations en vigueur et la situation clinique. Les approches médicamenteuses et non médicamenteuses peuvent être combinées selon l'évaluation du médecin.
- Psychomotricien : régulation corporelle, attention, graphomotricité.
- Neuropsychologue : remédiation cognitive ciblée (mémoire de travail, fonctions exécutives).
- Orthophoniste : si trouble du langage associé.
- Ergothérapeute : adaptations du geste et du matériel scolaire, dyspraxie associée.
- Psychologue : soutien émotionnel, travail sur l'estime de soi.
- Enseignants : adaptations pédagogiques (PAP, PPS).
- Médecin traitant / pédiatre : suivi global.
Aucun professionnel seul ne couvre l'ensemble des besoins. La communication entre professionnels (avec l'accord des parents) est un levier puissant.
TDAH chez l'adolescent et l'adulte
Longtemps considéré comme un trouble « de l'enfance », le TDAH persiste fréquemment à l'adolescence et à l'âge adulte, sous des formes différentes : l'hyperactivité motrice s'atténue souvent, mais l'inattention, la désorganisation, l'impulsivité restent.
Chez l'adolescent, la psychomotricité travaille :
- Le sentiment corporel (souvent dévalorisé à cette période).
- La gestion du stress scolaire.
- L'autorégulation émotionnelle.
Chez l'adulte, les séances peuvent se concentrer sur :
- La conscience corporelle et la gestion des tensions.
- La régulation du stress et de l'anxiété souvent associée.
- Le travail sur l'épuisement professionnel parfois lié au TDAH adulte mal compensé.
Questions fréquentes
Faut-il un diagnostic de TDAH pour consulter un psychomotricien ?
Non, mais une prescription médicale est nécessaire. Votre médecin peut prescrire un bilan psychomoteur dès lors que l'enfant (ou l'adulte) présente des difficultés de régulation, d'attention, de coordination — même avant ou sans diagnostic formel.
Combien de temps dure un suivi ?
Variable : certaines périodes peuvent justifier un suivi dense (hebdomadaire) sur 6 à 18 mois, suivi d'un relais. D'autres familles bénéficient de suivis plus espacés (bi-mensuel, mensuel) sur plusieurs années, en particulier pendant les transitions (entrée CP, collège, lycée).
La psychomotricité remplace-t-elle le traitement médicamenteux ?
Non. Le médicament, quand il est prescrit par un médecin spécialisé, agit sur une dimension biologique (neurotransmetteurs). La psychomotricité agit sur le corps, la relation, les habiletés. Les deux ne s'opposent pas : dans de nombreux cas, elles se renforcent.
Mon enfant a du mal à tenir en place pendant les séances. C'est un problème ?
Absolument pas. C'est même ce qui motive la consultation ! Les séances s'adaptent au rythme et à la tolérance de chacun. Les temps calmes et les temps actifs alternent, et le cadre du cabinet est pensé pour accompagner la dérégulation sans la sanctionner.
La psychomotricité peut-elle être prise en charge par l'Assurance Maladie dans le TDAH ?
En cabinet libéral, non généralement. Cependant :
- En CMPP ou CAMSP, la prise en charge est gratuite.
- Pour les enfants de 0 à 12 ans avec suspicion de trouble du neuro-développement, la PCO couvre jusqu'à 12 mois de psychomotricité.
- La MDPH peut financer via la PCH pour certains enfants.
- De nombreuses mutuelles proposent un forfait.
Et chez l'adulte ?
Pour l'adulte avec TDAH, les remboursements sont plus rares (pas de PCO, MDPH plus exigeante). Le forfait mutuelle reste le recours principal.
Consulter à Mérignac (Bordeaux)
Au cabinet du Phare à Mérignac, j'accueille des enfants, adolescents et adultes avec TDAH diagnostiqué ou en cours d'évaluation, sur prescription médicale. Le travail s'articule étroitement avec les autres professionnels engagés dans le parcours.
Pour aller plus loin :
- Le bilan psychomoteur en pratique.
- Psychomotricité pour enfants et adolescents.
- Psychomotricité adulte.
- Prendre rendez-vous.
Sources et références
- HAS — Conduite à tenir en médecine de premier recours devant un enfant ou un adolescent susceptible d'avoir un TDAH
- HAS — Troubles du neuro-développement : repérage et orientation
- Ameli — TDAH
- CNSA — Parcours PCO TND
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé spécialisé. Le diagnostic de TDAH est posé par un médecin (pédopsychiatre, neuropédiatre, psychiatre).
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