Votre enfant ne marche pas encore à 16 mois ? Ne tient pas assis à 9 mois ? Présente des difficultés de coordination à 4 ans ? Le développement psychomoteur de chaque enfant suit son rythme — et un léger décalage par rapport à la « moyenne » n'est pas forcément un retard inquiétant. Cependant, certains signaux méritent un avis médical et, si indiqué, un bilan psychomoteur. Ce guide vous aide à repérer ce qui relève d'une variation normale et ce qui nécessite un accompagnement.
Article rédigé par Isabelle Vergès, psychomotricienne diplômée d'État à Mérignac (Bordeaux Métropole). Dernière mise à jour : avril 2026. Ce contenu informatif ne remplace pas l'avis de votre pédiatre ou médecin traitant.
En bref
Un retard psychomoteur est un décalage significatif des acquisitions motrices, sensorielles ou cognitives par rapport aux repères d'âge. Les seuils classiques à surveiller : pas de tenue de tête à 4 mois, pas d'assise à 9 mois, pas de marche à 18 mois, pas de premiers mots à 24 mois. Face à un signal, consultez votre pédiatre — la plupart des décalages se rattrapent spontanément.
Qu'est-ce que le développement psychomoteur ?
Le développement psychomoteur est l'acquisition progressive, chez le bébé puis l'enfant, des compétences motrices, sensorielles, cognitives et relationnelles. Ces domaines s'entremêlent : un bébé qui découvre sa main va aussi apprendre à regarder, à se redresser, puis à interagir avec son entourage.
Les grandes familles de compétences :
- Motricité globale : tenue de tête, station assise, déplacement, marche, course, saut.
- Motricité fine : préhension, manipulation d'objets, graphomotricité.
- Tonus et posture : régulation musculaire, équilibre.
- Schéma corporel : connaissance et représentation du corps.
- Langage : compréhension et expression verbale/non verbale.
- Interactions sociales : regard, sourire, jeu partagé, imitation.
- Autonomie : alimentation, propreté, habillage.
Variations normales ou retard ? Comprendre les seuils
Les âges d'acquisition habituellement cités sont des moyennes. Un bébé qui marche à 10 mois, un autre à 17 mois : les deux peuvent être parfaitement dans la norme. Le repère utile n'est pas la moyenne — c'est le seuil haut au-delà duquel il est prudent de consulter.
Il ne s'agit pas de « retard » au sens pathologique : c'est plutôt un signal invitant à vérifier qu'il n'y a pas de trouble sous-jacent (neurologique, sensoriel, relationnel…). Dans la très grande majorité des cas, l'enfant rattrape son décalage sans accompagnement spécifique.
Chaque enfant suit son propre rythme d'acquisition. Les repères d'âge sont des moyennes, pas des normes strictes — c'est le seuil haut qui doit alerter. Photo : @kevingent sur Unsplash.
Grille d'âges clés : les signaux à surveiller
Dès 3 mois
- Tient sa tête en position ventrale.
- Suit un objet du regard.
- Commence à sourire en réponse.
Consulter si à 3 mois : pas de réaction au bruit fort, pas de contact visuel, hypotonie généralisée persistante.
Vers 6 mois
- Tient sa tête droite en position verticale.
- Attrape un objet avec la main.
- Se retourne dos-ventre.
- Babille.
Consulter si à 6 mois : pas de sourire ou de contact visuel, hypotonie sévère, asymétrie persistante (utilisation d'un seul côté du corps), pas de réaction aux sons.
Vers 9 mois
- Tient assis sans appui.
- Passe un objet d'une main à l'autre.
- Réagit à son prénom.
- Fait signe « coucou » ou imite des gestes simples.
Consulter si à 9 mois : ne tient pas assis même avec appui, pas d'intérêt pour les objets ou les personnes, posture très raide ou très molle, pas de babil.
Vers 12 mois
- Se met debout, fait quelques pas avec appui.
- Dit « papa », « maman » avec intention.
- Utilise des gestes pour communiquer (pointer du doigt).
- Comprend quelques consignes simples.
Consulter si à 12 mois : ne se tient pas debout même avec appui fort, aucun mot (même incomplet), pas de pointage, régression de compétences acquises.
Vers 18 mois
- Marche seul, court maladroitement.
- Dit une dizaine de mots.
- Sait désigner des parties du corps sur demande.
- Joue à « faire semblant ».
Consulter si à 18 mois : ne marche pas, très peu ou pas de mots, pas de jeu symbolique, désintérêt pour les autres enfants.
Vers 24 mois
- Court, monte et descend les escaliers avec aide.
- Associe 2 mots (« gâteau maman »).
- Tient un crayon, gribouille.
- Exprime des émotions complexes.
Consulter si à 24 mois : marche très maladroite ou instable, moins de 20 mots, pas de phrases de 2 mots, agitation motrice massive sans moments de calme.
Dès 3-4 ans et au-delà
- Maîtrise l'équilibre sur un pied.
- Fait du tricycle.
- Dessine un bonhomme (cercle tête + traits).
- S'habille partiellement seul.
- Interagit avec d'autres enfants dans le jeu.
Consulter si 3-5 ans : maladresse marquée, chutes fréquentes, difficultés grapho-motrices importantes, agitation massive, isolement, régression.
Mon enfant a un retard. Et maintenant ?
Étape 1 — Consulter son médecin ou pédiatre
C'est la première étape, toujours. Le médecin :
- Vérifie les compétences acquises via l'examen clinique.
- Vérifie la vision et l'audition (un retard de langage peut cacher une surdité).
- Oriente vers les spécialistes si nécessaire : neuropédiatre, ORL, ophtalmologue, pédopsychiatre, orthophoniste, psychomotricien.
Ne négligez pas le bilan ORL et ophtalmo : une cause sensorielle non détectée peut mimer un retard global.
Étape 2 — Bilan psychomoteur si indiqué
Si le médecin oriente vers la psychomotricité, un bilan psychomoteur permettra d'évaluer précisément :
- Le tonus et la régulation posturale.
- La motricité globale et fine.
- Le schéma corporel.
- L'organisation spatiale et temporelle.
- Les interactions et l'investissement corporel.
Le bilan se déroule sur 2 à 3 séances et débouche sur un compte-rendu avec, si besoin, un projet de suivi.
Étape 3 — Approche pluridisciplinaire si nécessaire
Pour les troubles du neuro-développement (TDAH, troubles dys, troubles du spectre de l'autisme, dysphasie), une approche pluridisciplinaire est la norme : pédopsychiatre pour la coordination, psychomotricien pour le corps et la régulation, orthophoniste pour le langage, éventuellement ergothérapeute et neuropsychologue.
En Gironde, le parcours PCO (Plateforme de Coordination et d'Orientation) permet une prise en charge précoce jusqu'à 7 ans (ou 12 ans selon la plateforme), avec 12 mois de psychomotricité couverts avant diagnostic, sur orientation d'un médecin référent.
Ce que la psychomotricité apporte dans un retard psychomoteur
La psychomotricité est une discipline paramédicale : elle ne « soigne » pas un retard au sens d'un traitement médical, mais elle accompagne le développement en créant des conditions favorables à l'émergence des compétences.
Concrètement, selon l'âge et le motif :
- Chez le bébé et le tout-petit : stimulation sensorielle, portage, motricité libre au sol, accompagnement parental (guidance parentale).
- Chez l'enfant d'âge scolaire : travail du tonus, de la coordination, du schéma corporel, de la graphomotricité, et de la régulation émotionnelle par le corps.
- En médiations : jeu psychomoteur, parcours moteurs, activités graphiques, relaxation, expression corporelle.
Conformément au Code de la santé publique, la psychomotricité ne promet pas de résultat : elle contribue à l'accompagnement global, aux côtés d'autres professionnels si nécessaire.
Le rôle clé des parents
Les parents sont les premiers acteurs du développement de leur enfant. Quelques pistes concrètes :
- Observer sans juger — votre enfant n'a pas à « performer ».
- Donner du temps au sol — la motricité libre (allongé, sans cale, sans matériel contraignant) est essentielle avant la marche.
- Limiter les écrans — particulièrement avant 3 ans, où ils freinent les interactions et la motricité.
- Jouer, lire, parler — simples, gratuits, puissants.
- Ne pas hésiter à consulter — une consultation « pour rien » n'est jamais une perte de temps, et un bilan rassurant a autant de valeur qu'un bilan révélant une indication.
Questions fréquentes
Mon enfant est prématuré. Faut-il ajuster les âges ?
Oui. Pour un bébé prématuré, on utilise l'âge corrigé (âge réel moins le nombre de semaines d'avance par rapport à 40 SA) jusqu'à 2 ans environ. À 10 mois d'âge réel et 7 mois d'âge corrigé, on évalue par rapport aux 7 mois.
Mon aîné marchait à 10 mois, mon cadet à 15 mois. C'est normal ?
Oui, la variabilité entre frères et sœurs est parfaitement normale. Tant que chaque enfant reste dans les seuils hauts de chaque acquisition, il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
Le retard peut-il se « rattraper » seul ?
Dans de nombreux cas, oui — particulièrement quand il n'y a pas de trouble sous-jacent. Mais seul un avis médical peut le confirmer. Attendre sans consulter n'est pas recommandé : une prise en charge précoce, quand elle est indiquée, est plus efficace.
Combien de temps dure un suivi en psychomotricité pour un retard ?
Cela dépend totalement de la situation. Certains enfants bénéficient de quelques mois d'accompagnement ciblé ; d'autres d'un suivi régulier sur 1 à 3 ans. L'évolution est réévaluée à chaque étape.
Est-ce que c'est de ma faute si mon enfant a un retard ?
Non. Le développement psychomoteur dépend d'une multitude de facteurs biologiques, environnementaux, relationnels. Culpabiliser n'aide pas l'enfant. Ce qui aide : observer, consulter, accompagner avec confiance.
Consulter à Mérignac (Bordeaux)
Au cabinet du Phare à Mérignac, je réalise des bilans psychomoteurs et des accompagnements pour nourrissons, enfants et adolescents, sur prescription médicale. Si votre pédiatre vous a orienté(e) ou si vous hésitez, n'hésitez pas à prendre contact pour un premier échange.
Pour aller plus loin :
- Le bilan psychomoteur — déroulement et tarifs.
- Psychomotricité pour enfants et adolescents.
- Prendre rendez-vous.
Sources et références
- HAS — Repères de développement (Carnet de santé de l'enfant)
- HAS — Troubles du neuro-développement : repérage et orientation
- Santé Publique France — 1000 premiers jours
- CNSA — PCO Troubles du neuro-développement
- Code de la santé publique — Article L4332-1 (psychomotricien)
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour toute inquiétude sur le développement de votre enfant, adressez-vous à votre pédiatre ou médecin traitant.
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